Plus intelligent grâce au jeu ?

« LE JEU SERT A DEVELOPPER

SON CERVEAU ET SA PENSEE »

Entretien avec Wendy Masi, directrice de l’Institut Mailman d’études sur l’enfance, université Nova Southeastern, et auteur de plusieurs guides sur le jeu.

Tiré de Le Monde de l’Enfance – N° 5 – décembre/janvier/février 2009

LME Pourquoi la pratique du jeu est-elle importante ?

Les enfants qui jouent beaucoup sont en meilleure santé : ils ont moins tendance à devenir obèse et à développer des problèmes liés au surpoids. Les études révèlent qu’ils réussissent mieux à l’école. En fait, les enfants qui ont l’opportunité de vivre des expériences ludiques développent des compétences cognitives qui sont positivement liées à l’apprentissage et aux performances scolaires. De plus, ils développent des compétences socio-émotionnelles qui les aident à se sentir plus heureux, et à devenir des adultes bien adaptés à la vie sociale.

LME En quoi contribue-t-il au développement cognitif ?

Certaines des meilleures preuves de l’impact des expériences précoces, particulièrement celles du jeu, viennent des recherches en neurosciences. La période la plus intense d’accroissement cérébral concerne les cinq premières années. Le cerveau des bébés est comme une machine à apprendre, il se construit à mesure que les enfants sont confrontés à de nouvelles expériences et qu’ils s’adaptent à leur environnement.

A l’âge de 3 ans, le cerveau de l’enfant est deux fois plus actif que celui d’un adulte. Cela s’explique par toutes les connexions et les circuits complexes qui s’établissent à cet âge. Le type d’expériences que l’enfant découvre pendant ses premières années affecte la façon dont ses connexions sont établies. Si un enfant a trop peu de stimulations, trop peu d’opportunités d’apprendre par la découverte, le langage et le contact interpersonnel, le développement du cerveau est perturbé et ralenti.

LME Qu’est-ce-que les enfants apprennent à travers le jeu ?

On dit souvent que le jeu est le travail de l’enfance. C’est surtout un moyen pour l’enfant d’explorer leur monde et de faire des découvertes. Il apprend par ce biais à résoudre des problèmes, à développer de nouvelles idées, à réguler ses émotions, à communiquer avec les autres et à développer des attitudes positives face aux apprentissages.

Bien sûr, toutes les activités ludiques ne sont pas équivalentes dans leurs apports. La façon dont l’adulte parle à l’enfant, la façon dont il joue avec lui et le type d’expériences de jeu proposées influencent le développement de l’enfant. Grâce au jeu, les enfants apprennent à utiliser leurs sens pour obtenir des informations sur leur environnement, leurs compétences physiques et sociales se développent, comme leurs capacités de compréhension et de langage.

LME Par exemple ?

Tous les jeux impliquant la créativité et l’imagination sont particulièrement importants pour les jeunes enfants. C’est à travers ce type de jeux, dont la fin est ouverte, que les enfants apprennent à penser de façon flexible, à résoudre des problèmes et à négocier avec les autres.

Le jeu de « faire semblant » est une caractéristique des premières années. Quand les enfants commencent à faire semblant – jouer au docteur, être un dinosaure, etc. – ils montrent leurs capacités à s’engager dans une pensée symbolique. Ils utilisent aussi ces jeux pour expérimenter de nouveaux rôles, et pour gérer des émotions puissantes et parfois effrayantes.

LME Quels conseils donnez-vous aux parents ?

Les parents sont les premiers professeurs de leur enfant, et souvent ses camarades de jeu préférés. Ils peuvent encourager ses activités ludiques et ses apprentissages par plusieurs moyens : en lui apportant des jeux variés et appropriés à son âge, en étant disponible pour jouer avec lui, en montrant de l’intérêt pour ses jeux et découvertes, et surtout en s’amusant avec lui et en partageant son plaisir.

A lire : W. Masi et R. Cohen Leiderman, Jouer avec votre bébé, Broquet, 2002

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